Insolite ! FC Grandvillars, Le club de N3 qui s'entraine à 6h30

PAR ALEXANDRE DELFAU SAMEDI 9 JANVIER

SO FOOT Magazine


Depuis le 2 janvier, quinze départements de l'Est de la France sont concernés par un couvre-feu entre 18 heures et 6 heures. Et pourtant, d'irréductibles Gaulois ont décidé que la moindre fenêtre de tir devait leur permettre de retrouver leur passion, dont ils bénéficient déjà en dents de scie depuis de nombreux mois. Et c'est ainsi que les joueurs de National 3 du FC Grandvillars se sont mués en véritables caméléons du couvre-feu, en vigueur dans leur département du territoire de Belfort.



En immersion au FC Grandvillars et ses entraînements à 6h30.

Depuis cette semaine, au FC Grandvillars, il faut être matinal. En effet, les entraînements du mardi et du jeudi ont désormais lieu à... 6h30. Ce choix a été mûrement réfléchi par Christian Lopes, l'entraîneur du FCG depuis août 2018. « 80% de mon groupe est amateur et ne peut donc pas obtenir de dérogation au couvre-feu, explique-t-il. J'ai récupéré toutes les informations individuelles des joueurs et entre les étudiants, les papas, ceux qui bossent, dans le privé ou dans le public, on a dû de trouver un compromis. Entre midi et deux, ce n'était pas possible, trop court par rapport au temps de trajet de certains. On avait le choix de s'entraîner uniquement le week-end, mais deux séances hebdomadaires, c'était trop peu.


C'est 6h30 qui s'est dessiné, pour pouvoir les libérer à 7h45 maximum, petite collation et au boulot. » Étant salarié du club, le coach possède, lui, le précieux sésame de l'attestation dérogatoire. Mais pas les autres... « Le plus dur, c'est de mettre le pied au sol le matin »

L'ancien adjoint d'Olivier Echouafni à Sochaux en Ligue 2 (2014-2015) règle son réveil à 4h45, histoire d'être dans les temps pour les préparatifs au stade municipal Léon Gelot. « Le plus dur, c'est de mettre le pied au sol le matin, et ensuite, c'est parti » , sourit coach Lopes.

Ses petits protégés ont quelques consignes et recommandations en amont de l'entraînement aux aurores. « Les joueurs arrivent entre 6h20 et 6h30, ils n'ont pas accès aux vestiaires, ils arrivent changés et repartent changés. On a juste mis en place un protocole avec un joueur par vestiaire pour que ceux qui travaillent puissent se doucher. Ceux qui habitent à proximité du stade ne prennent pas de douche. La période d'activation est forcément un peu plus longue à cette heure-ci, donc je leur demande de se coucher plus tôt pour avoir un nombre d'heures de sommeil suffisant. Je leur conseille aussi de faire une petite sieste de 10-15 minutes après l'entraînement pour ceux qui peuvent. »

Scène cocasse, le maire de Grandvillars profite des sessions à 6h30 pour s'adonner à un petit footing aux côtés de l'équipe de sa commune.


« Je trouve ça sympathique d'être avec eux, et puis, on essaye d'accompagner le club dans ces moments difficiles. Je ne fais pas mon footing avec eux, ils vont trop vite. (Rires.) J'alterne marche et course pendant une heure autour du terrain synthétique » , raconte Christian Rayot, membre du club sous différentes casquettes depuis 1965 et dont le fils Sébastien a repris le flambeau à la présidence. L'élu de 67 ans aime à rappeler que Grandvillars est, avec ses 3000 habitants, « la plus petite commune des 286 clubs présents en championnats de France » . Et ce n'est donc ni le thermomètre « entre -1°C et -2°C » ni le réveil très matinal qui vont empêcher le groupe de se remettre au boulot, après un mois de confinement.

Petit déjeuner au club house « On avait une petite appréhension sur la première séance, mais une fois que c'est parti, c'est parti... Le coach et le staff réussissent à maintenir cette notion de plaisir même avec un horaire inhabituel. Ça fait beaucoup de bien de retrouver tout le monde et le goût de l'effort. Après l'entraînement, on a un petit déjeuner à disposition au club house, avec cafés, croissants, pains au chocolat, jus d'orange et des fruits » , se réjouit Sullivan Bouchite, défenseur central de 23 ans formé au Nîmes Olympique, pour qui le réveil était jusqu'ici « plutôt vers 8h30-9h » . Mais la situation n'est pas inédite pour tout l'effectif. « J'ai déjà connu des entraînements à cette heure-ci quand je jouais chez les pros en Tchéquie (aux Bohemians 1905, puis au FC Sellier & Bellot Vlašim, entre 2009 et 2012, NDLR). Quand on était en stage d'avant-saison, on partait courir à 6h30 avant le petit-déjeuner » , se souvient Benoît Barros, capitaine du club terrifortain. Le milieu de terrain de 31 ans en a même gardé une routine spécifique. « Je sais par expérience qu'il me faut une heure pour être en forme, donc mardi, j'ai mis le réveil à 5h10. Et j'aime bien m'entraîner à jeun, donc je me suis vraiment senti en pleine forme. » Et pendant que le FC Grandvillars s'entraîne dans le brouillard, c'est le football amateur tout entier qui vit dedans. La date de la reprise paraît floue, voire compromise. Un aléa qui ne semble toutefois pas déranger les hommes de Christian Lopes. « On a en tête d'être prêts début mars. Il y a plusieurs scénarios possibles, avec notamment celui des play-offs, c'est aussi pour ça que le coach veut nous maintenir en forme. On pourrait se dire que ça fait chier de s'entraîner la semaine et de ne pas avoir de match le week-end, mais pas du tout, le groupe a un bon état d'esprit et on met la même intensité que d'habitude » , relève Sullivan Bouchite. L'occasion pour le maire de Grandvillars d'être philosophe sur la crise actuelle. « La situation du foot amateur est difficile, on n'a pas de visibilité, on ne sait pas où on va. Mais ce n'est simple pour personne, vous savez. On a joué 5 matchs, il en reste 21, je ne crois pas que le championnat ira au bout, mais on va pas toujours se plaindre, on doit faire avec. » PAR ALEXANDRE DELFAU

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